Nicolotti, Esorcismo cristiano e possessione diabolica (recensione)
Data: Giovedì, 11 dicembre 2014 @ 18:34:34 CET
Argomento:


Recensione

Andrea Nicolotti, Esorcismo cristiano e possessione diabolica tra II e III secolo (Instrumenta Patristica et Mediaevalia. Research on the Inheritance of Early and Medieval Christianity, 54). Pp. 808. Brepols, Turnhout, 2011.
ISBN: 978-2-503-53193-9

Da «Revue d'Etudes Augustiniennes et Patristiques» 59/2 (2013), pp. 404-405.

Michel-Yves Perrin
Paris, École Pratique des Hautes Études.



Assegnista di ricerca à l'Université de Turin, et animateur d'un site de vulgarisation scientifique sur les origines du christianisme (www.christianismus.it), l'Auteur s'est fait connaître d'un large public par deux savants ouvrages publiés simultanément (I Templari e la Sindone. Storia di un falso, Roma, 2011 ; Dal Mandylion di Edessa alla Sindone di Torino. Metamorfosi di una leggenda, Alessandria, 2011) qui réfutaient méticuleusement diverses hypothèses relatives au Suaire de Turin, dont les soubassements philologiques et historiques étaient tout autres qu'établis. La même année, il a donné l'imposant volume ici recensé qui est la version révisée d'une thèse de doctorat préparée à Turin sous la direction de A. Monaci Castagno. Le but de l'ouvrage est d'examiner les conceptions de la possession diabolique et les pratiques d'exorcisme dans le christianisme antique entre le début du IIe siècle et le milieu du III siècle. L'Auteur, qui a délibérément exclu de son champ d'investigation le premier siècle (qui se réduit de fait aux textes réunis dans le Nouveau Testament), car il s'agit d'une thématique bien étudiée, entend remédier à une lacune historiographique. En effet, depuis les travaux de F.J. Dölger (1909), Kl. Thraede (1969) et A. Kelly (1985), les exorcismes en régime chrétien n'ont pas suscité de monographie pour la période antique. L'enquête est fondée sur une lecture cursive d'une grande partie - voir les remarques de G. H. Twelftree, dans Journal of Ecclesiastical History, 64, 2013, p. 374-375 - des sources littéraires disponibles pour le segment temporel pris en considération. La matière est distribuée en vingt chapitres de taille inégale consacrés à un auteur ou une source et classés dans un ordre généralement chronologique (Alcibiade d'Apamée; Justin martyr; Tatien; Théophile d'Antioche; Théodote le gnostique; Le Deuxième livre de Iéou, connu aussi sous le nom de Livre du grand traité initiatique, et conservé dans le papyrus Bruce, Oxford, Bibliothèque Bodléienne; Irénée de Lyon; Actes apocryphes de Jean; Actes apocryphes d'André; Actes apocryphes de Pierre; Actes apocryphes de Paul; Actes apocryphes de Thomas; Celse le philosophe; Clément d'Alexandrie; Origène; Tertullien; Minucius Felix; Cyprien et les Sententiae episcoporum de 256; Corneille de Rome et Novatien). Deux appendices suivent, le premier consacré à la Tradition apostolique où l'Auteur a pu bénéficier des récentes et essentielles publications de A. Bausi (cf. CTC 10, 11), le second aux Lettres aux vierges pseudo-clémentines. Cet ensemble est précédé par trois chapitres qui dressent d'abord brièvement un status quaestionis, puis décrivent un « percorso interpretativo» qui tient fort curieusement tout à la fois d'introduction et de conclusion, puisque y sont présentées aussi bien des remarques terminologiques préalables fort utiles (p. 31-38), où l'Auteur précise qu'il ne s'intéresse qu'aux exorcismes prononcés sur les personnes (et non, par exemple, sur les animaux ou les objets inanimés), que des observations synthétiques, issues de l'enquête elle-même, sur les traits caractéristiques de la démonologie chrétienne antique, les critères de légitimation des exorcismes et des personnes habilitées à les faire dans la Grande Église, les pratiques elles-mêmes d'exorcisme et les exorcistes. L'Auteur insiste à juste titre sur la distinction qu'il convient de faire entre les exorcismes des personnes jugées possédées ou démoniaques et les exorcismes pratiqués sur les catéchumènes (p. 84-99). Tout lecteur qui voudra utiliser ponctuellement l'ouvrage devra prendre connaissance de ce chapitre 2. Un bref troisième chapitre à vertu de compendium est dédié aux antécédents aux pratiques chrétiennes ou à leurs parallèles dans le judaïsme - mais les sources juives des IIe - IIIe siècle ne sont pas examinées -, dans Je Nouveau Testament - p. 117, Jésus n'utilise aucun élément matériel pour ses exorcisme, ni n'impose les mains, ni n'utilise de formules particulières, et le terme exorkizo etc. n’est pas employé à son sujet -, el dans quelques sources ni juives ni chrétiennes - Lucien de Samosate est le premier témoin en Philopseudès, 16, d'un exorcisme en contexte littéraire païen. Un lung résumé (p. 631-682) en anglais, signe des temps - on trouvera un riassunto en italien sous la plume de G. Caruso, dans Augustinianum, 53, 2013, p. 605-616 -, précède une bibliographie copieuse et un index nominum mélangeant anciens el modernes. Il manque un index biblique et un index des lieux cités.

Seuls les chapitres 19-23 (p. 481-584) intéressent directement la CTC. L'Auteur y fait preuve, comme dans le reste de l'ouvrage, d'un grand scrupule philologique, en s'intéressant à l'établissement du texte des passages concernés, comme d'une louable prudence dans l'interprétation aussi bien que d'une précision certaine dans l'analyse; il insiste sur le caractère singulier de chacun des témoignages étudiés. II a pu bénéficier des avis de P. A. Gramaglia pour Tertullien et de E. Gallicet pour Cyprien, et mentionne, p. 481, n. l, la CTC. La section sur Tertullien, p. 481-528, examine successivement, entre autres, la question du démon de Socrate, le lien éventuel entre maladie et possession démoniaque, les mentions d'exorcismes chrétiens - en Scap 2, 9, l'Auteur comprend traducere au sens de «ridiculiser», et en 4, 5, praecipitare au sens de «faire tomber » -, leurs méthodes - en Apol 23, 16, il entend repraesentatio ignis au sens de «la réalite du feu»; il note que Tertullien est l'un des auteurs qui consacrent les plus longs développements au signe de croix-, les exorcistes - n'importe quel chrétien peut l'être: Apol 23, 4-, les exorcismes sur les catéchumènes – L’auteur suit P. F. Beatrice (cf. CTC 79, 34) pour l'interprétation de originis vitium (An 41, 1)-, pour conclure avec Dölger qu'on ne trouve pas de trace d'exorcisme baptismal en Afrique avant le concile de Carthage de 256 (p. 526 et 563-568). Un bref développement, p. 529-536, sur Minucius Felix qui fournit peu d'information, précède des analyses. développées sur Cyprien (erronément dénommé «Tascio Cecilio Cipriano») et ses contemporains africains, p. 537-574. L'Auteur souligne les parallèles entre Don 5 et Apol 23, ainsi que Dem 15 et Oct 27, 5-7; il refuse la thèse selon laquelle une doctrine du péché originel aurait pu être un facteur déclenchant dans l'introduction d'exorcismes au sein du rituel proprement baptismal. P. 561 il soutient, avec l'accord de G. Clarke qu'il a consulté, le texte sans double négation de Epist 69, 15, 2, un passage qu'à l'encontre de V. Saxer il juge ne concerner en rien les catéchumènes, mais seulement les clinici. En Sent 1, il considère, toujours en accord avec G. Clarke. qu'il n'est pas fait allusion à une pratique d'exorcisme baptismal. Firmilien de Césarée, p. 569-574. fournit (apud Cyprien, Epist 75, 10, 2-4), la première mention «probable» (p. 80) d'« une sorte d'ordre» des exorcistes. Enfin, p. 575-584, il examine les sources relatives à Corneille et Novatien: p. 579, n. 17, il propose une traduction fort recevable d'une lettre de Corneille apud Eusèbe de Césarée, HE. VI, 43, 14. P. 582, on corrigera ce qui est dit de la préhistoire des tituli romains.

Bref, on l'aura compris: il s'agit d'un ouvrage d'une grande richesse qui rendra de nombreux services.

 
Michel-Yves Perrin
École Pratique des Hautes Études.






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